Une suite ?

 

MÉMOIRE ET DESTIN : Fin d’une adolescence en temps de guerre  a constitué la première partie de Cobwebs out of Memory ; la seconde, intitulée SAGESSE , retracera certains autres moments d’une existence bien emplie et plutôt contrariée : mon existence d’adulte a connu aussi quelques satisfactions et aussi pas mal de vicissitudes : Père de famille mortifié et désenchanté, enseignant souvent désillusionné, militant bénévole parfois frustré et contrarié… Il ne s’agit pas de se complaire dans un dépit chagrin, mais de retracer quelques linéaments des actions et des peines qui font une Vie.

Ecrire pour se justifier, pour remettre les « choses à leur place» , pour prendre la pose et laisser de soi (pour qui ? ) une image que l'on voudrait « ressemblante », écrire pour dire son (bon) droit, sa (bonne) foi, pour clamer ses souffrances (en un siècle qui a connu tant de chagrins, tant de martyres ! ),tout cela, en fin de compte, au milieu de l'inévitable indifférence, pire, du dédain et du rejet de ceux pour qui on désirerait précisément dire ce que l'on a fait, ce que l'on a ressenti au fond de son cœur, et affirmer l'empreinte que l'on aurait bien pensé leur laisser et l'affection, voire l'admiration que l'on a pu leur porter ?

Et, pourtant, après tant d'années, les évocations d'un passé qui paraît si lointain, qui ne peut plus vraiment toucher ceux pour lesquels on s'imagine avoir tenté de jeter une passerelle, ont-elles, au fond, une chance d'être perçues, comprises ?  Les miens se sont installés aux quatre coins du monde, et semblent oublier leur Père ; en dépit des liens du sang, de la sueur, des soucis, des incertitudes que leur enfance et leur adolescence ont imposés , ils vivent leur vie, et ne peuvent sans doute guère s'imaginer à quel point leur éloignement physique et affectif peut être pris pour un détachement, voire un abandon  ; inconcevable, contre nature ? Leurs propres enfants ? Je ne les connais pas, et ils ne parlent pas ma langue…Quoi ? tant de siècles durant lesquels nos racines se sont enfoncées dans le doux  Angoumois,  et dans le verdoyant et accueillant Périgord  où s'était retiré, après une existence tumultueuse, notre –leur - ancêtre, le Seigneur de Bourdeilles, Abbé Brantôme, tant de siècles bien français, l'héritage de tant et de tant de strates d'opiniâtreté, de labeur, de qualités acquises, tout cela est main­tenant dilué, sinon oublié, en tout cas fait « folklore» indigène !

Ce n'est donc pas tant pour ces êtres issus de ma lignée que j'écris  ; ils ne pourraient, dans tous les sens des mots, « comprendre», et encore moins « apprendre » ; ce qui a été, incroyablement, la mission que je me suis assignée toute la vie. On ne peut plus tellement revenir sur ses pas, ni sur ses peines. On demandait un jour à G.B. Shaw vieillissant  : « Voudriez-vous revivre votre vie ?  ----   Non, répondit-il, ce serait confesser que je l’ai gâchée ! » 

Mais la chance m’a donné des petits-enfants d’adoption, c’est-à-dire de dilection : des êtres qui vont recueillir, je l’espère, un peu du patrimoine moral dont je puis être l’actuel détenteur ; je pourrais paraphraser ici l’historien Fustel de Coulanges en prétendant que le véritable attachement à ses ascendants et à son pays « n’est pas l’amour du sol, c’est l’amour du passé, c’est le respect pour les générations qui nous ont précédés. »  C’est donc  à eux que je destine et dédie, en réalité, les pages que je suis en train d’aligner.

Sinon alors, pourquoi écrire ? C'est bien un peu aussi pour de disparates raisons que je vais ten­ter de m'appliquer à rapporter ce qui trotte dans ma tête en ce soir de mon existence, malgré tout, qui sait ? à l’éventuelle intention de ceux qui ont, en partie de moi reçu, leur existence ; mais, pour l'homme qui a peu de temps, est-ce bien la peine et ne s'agit-il pas là d'un effort bien frivole   ?

 Qui va donc bien lire aussi, peut-être, des pages que j’écris ? Des inconnus, très vite agacés par cet égrappage de souvenirs individuels, qui, naturellement, ne verront pas que  « parlant de moi-même, je parle de l'humaine condition ? » Des amis, des êtres qui m'ont connu et qui pourraient trouver, en filigrane d'une existence dont ils n’ont vu, ou su, que des aspects, complexes, multiples, contradictoires, - comme tant d'autres vies - quelques explications d'attitudes, de réactions, de décisions laissées inexpliquées, hors contexte ? Mais bien vite ne viendront-ils pas à contester-- légitimement certes-- l'image d'eux-mêmes, telle qu'elle pourrait leur apparaître dans ces lignes ?  Bref si je poursuis cette aventure, c’est « la faute à Rousseau »

A ce propos, je me permets de signaler une association ( l’APA – Association pour l’autobiographie et le Patrimoine autobiographique] qui édite sa revue sous le titre « La Faute à Rousseau » [ L’APA, La Grenette, 10 rue Amédée Bonnet, 01500 Ambérieu en Bugey – http://perso.wanadoo.fr/apa -]

Roger-A.Lhombreaud

 

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