CONTENU :

court extrait de la conclusion de l'ouvrage :

 

" On peut épiloguer sur la naissance – ou, plutôt, les (re)naissances, du mot " résistance " : Alain Guérin, en 1972, dans l’introduction du tome premier de La Résistance, et Daniel Cordier, en 1999, au début de son Jean Moulin, la République des catacombes, ont justement retracé l’histoire de ce beau mot, de ses acceptions : il est prétendu que l’appellation de résistant ne serait apparue que deux années après la défaite, de même que le nom Résistance, avec une majuscule.. Cela est, à mon avis, assez vain que de vouloir dater l’apparition d’un nouveau sens, ou de son réemploi inédit.. Si jamais il était avéré que l’on a repéré l'emploi de ces termes deux années après l’invasion des Allemands en France occupée, la chose, la notion, l’acte ont existé immédiatement : dès juillet 1940, je composais des poèmes patriotiques dans un cahier que j’avais illustré d’une Croix de Lorraine tricolore ; je suis persuadé que des milliers et des milliers de Français ont exprimé , à leur façon, spontanément, leur désir de vouloir tenir tête à l’ennemi. Seulement, pour passer à l’action, ce n’était pas aisé : tant de contraintes faisaient obstacle, trop de préoccupations accablaient, tant de solitude face à une énorme et pesante machine de guerre réprimait toute velléité. Et puis on ne disait pas, même entre nous, il faudrait " faire de la résistance ", mais " faire quelque chose " : cette litote était un signe de reconnaissance, d’audace dans un univers où la prudence et la peur étaient la règle. La résistance spontanée, instinctive, imaginative ne pouvait guère durer, ni même être tout à fait vraiment efficace ( j’en ai fait l’amère expérience de 1940 à 1941). Ce sont les occasions fortuites, les rencontres occasionnelles qui nous mettaient éventuellement en contact avec la " vraie " Résistance : encore qu’ici, également, on peut dire approximativement avec la Bible que " l’on ne l’aurait pas trouvée si l’on ne l’avait cherchée. 

Les résistants ont été, en fin de compte, peu nombreux, sauf vers le début de l'année 1944, lorsque la victoire des Alliés est apparue inéluctable ; et alors, les vieilles rivalités, les convoitises, les manœuvres de l'étranger, ont souhaité apporter d'autres intentions, d'autres buts aux motivations profondes de l'authentique résistance.Et, comme dans toute aventure humaine, il y a les trouble-fête, des pêcheurs en eaux troubles, des maniaques du double-jeu, des poules mouillées également.. Les Français se sont finalement rendu compte que les libertés individuelles ne pouvaient subsister dans un pays asservi, bâillonné. Aussi, tout naturellement, la Résistance portait en elle les germes d'un vaste programme de réformes, sociales, économiques, culturelles. Les années qui ont suivi la Libération, si elles ont, malgré tout, permis de révéler un grand courage collectif (souvent mal, ou injustement perçu, tant d'années après) pour reconstruire le pays, et jeter les premiers jalons de la décolonisation, de la mise en œuvre des Droits de l'Homme, de la construction volontariste de l'Europe, ces années-là sont restées bien troubles, ont prolongé le champ clos des rivalités dépassées et se sont effectuées dans le cadre d'une bien mauvaise organisation des pouvoirs politiques qui s'affichaient comme issus de la résistance ."

L'esprit de la Résistance - et pas seulement de la résistance française ! - mais celui de toutes les résistances au fascisme et au nazisme, mais, également, celui de toutes les autres formes de résistance contre toutes les oppressions, quelles qu'elles soient, qui voudraient briser l'Homme, où que ce soit : cet esprit de Résistance, donc, est une donnée essentielle qui doit entrer dans toute formation civique des générations de jeunes, qui doivent, à tour de rôle, prendre conscience de toutes les possibilités qu'ils portent en eux , acquérir une éthique personnelle et citoyenne, refuser leur propre ignorance, et savoir accepter l'élan des engagements désintéressés…"

Pour être reproduit ou pour être mis en ligne, l’accord de l’auteur est impératif. Son texte restera son entière propriété et aucune utilisation publique ne pourra en être effectuée légalement sans son accord. En tant que webmaster de ce site, je ne m’attribue aucun droit ni aucune exclusivité sur ces textes. Vous pourrez les faire retirer du site ou les publier par la suite sur votre propre site si vous le souhaitez. Pour plus de renseignements sur la propriété littéraire, vous pouvez consultez les rubriques « propriété intellectuelle » et « droits d’auteur » du site de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, à l’adresse http://www.wipo.org/index.html.fr ; et la rubrique « Droits d’auteur et Internet » sur le site du secrétariat général du C.N.R.S., à l’adresse http://www.sg.cnrs.fr/internet/droitauteur.htm.

 

,